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La dissolution de l’ETA : un pas sur le chemin de la paix ?


Rédigé le Vendredi 17 Mai 2024 à 09:09 | Lu 2 commentaire(s)



in War Raok ! - n° 52 - Septembre 2018

L’organisation indépendantiste basque ETA, après soixante années de lutte armée contre l’Etat espagnol, vient d’annoncer son auto-dissolution. Cela fait suite à la déclaration du 20 octobre 2011  (déclaration d’Aiete) de mettre un terme définitif à la lutte armée ainsi que la remise de ses armes au mois avril 2017. En avril 2018, une autre déclaration surprenante de l’organisation séparatiste reconnaissant les dommages causés, sa responsabilité directe dans la douleur des victimes, les erreurs commises, et demandant pardon aux victimes et à leurs familles. ETA, en proclamant sa disparition définitive, mettrait donc un terme à l’ensemble de son activité armée et politique. 

Il faut bien évidemment saluer cette décision. C’est un évènement positif qui était attendu faisant ainsi la suite logique d’une série ininterrompue de faits allant tous dans la même direction. Ce véritable processus de paix est largement dû à l’engagement inlassable de la société civile basque, du peuple basque, des deux côtés de la frontière, sans lequel il n’aurait pas été possible.

Avec cette disparition d’ETA, de nombreuses questions restent toutefois en suspens. Elle ne met évidemment pas fin au processus mais constitue une première étape, un pas de plus sur le chemin de la paix car le conflit politique au Pays Basque existait bien avant la naissance d’ETA en 1958, et existe toujours aujourd’hui après sa disparition.

Tous les acteurs s’accordent à dire que rien ne sera résolu tant que les questions des prisonniers, de la vérité concernant les heures sombres du conflit armé ne seront pas résolues. 

Les prisonniers politiques basques de l’ETA sont soumis depuis toujours à un régime d’exception qui est contraire aux normes internationales en matière de détention. Le rapprochement des prisonniers de leur lieu d’origine, longtemps nié, commence à s’effectuer lentement et doit se poursuivre. De même, le droit commun en matière de libération des prisonniers malades (ou de libérations conditionnelles) lorsque les conditions légales sont largement remplies doit impérativement s’appliquer.

Ces décennies de lutte armée ont créé beaucoup de souffrances dans les deux camps. Des morts, des blessés, des torturés, des exilés, des disparus, des arrestations… Les victimes se comptent par milliers, et la fin de la lutte armée impose un droit de vérité à chacune d’elle. Cette question des victimes est donc essentielle et doit être au centre de la suite du processus. Les souffrances accumulées au cours de ces décennies ne peuvent rester sans réponse. Les victimes, toutes les victimes, ont droit à ce qu’exigent les normes internationales : vérité, justice, réparation. Toutes les victimes, cela implique celles qui ont subi les attentats de l’ETA, mais également celles tombées sous les actions des groupes paramilitaires ou torturées par les forces de l’ordre espagnoles.

Il faut féliciter la société civile qui a fait preuve, au long de ces années, de beaucoup d’imagination et d’une volonté sans faille de lutter pour la paix. Il serait peut-être temps que les Etats français et espagnol prennent enfin en compte la situation actuelle et s’engagent résolument dans ce processus de paix. Cette société civile basque a imposé aux deux Etats un agenda concernant la question du désarmement, elle devra très probablement s’engager également sur la question de la résolution des conséquences de ce conflit. 

On peut néanmoins s’interroger sur la volonté de deux des protagonistes de ce conflit armé à s’engager sur le chemin de la paix. Les Etats français et espagnol ont toujours refusé de s’impliquer dans ce processus, ont privilégié la répression et n’ont jamais souhaité s’emparer de la main qui leur était tendue par ETA. Les réactions à l’annonce de la disparition de l’organisation séparatiste sont révélatrices de l’état d’esprit dans lequel se situent les deux gouvernements. 

Pour conclure, une fin de conflit armé mal gérée pourrait alimenter des volontés de retour en arrière. Comment faire pour éviter que de nouvelles générations ne voient d’autres choix que de reproduire le schéma d’il y a 60 ans ? Répondre à cette question suppose de comprendre les causes de ce conflit. Si la lutte armée s’arrête, la cause qui l’a fait naître est toujours présente, celle d’un peuple que deux Etats refusent de reconnaître en tant que tel. Le cycle de la confrontation armée se referme pour laisser la place à un nouveau cycle, celui de la confrontation démocratique, dans lequel l’ensemble des idées politiques d’un pays pourront être défendues, par la voie des urnes. Le droit à l’autodétermination, ou droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, est un principe issu du droit international selon lequel chaque peuple dispose d’un choix libre et souverain de déterminer la forme de son régime politique, indépendamment de toute influence étrangère. L’argument de la violence, si souvent utilisé par les gouvernements français et espagnol pour répondre négativement aux aspirations des habitants de ce territoire, n’existe plus. Le Pays Basque devra savoir enclencher les mécanismes nécessaires pour pouvoir décider de son avenir.

 

Goulc’hen Danio de Rosquelfen.




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