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Mégalithes de Carnac  : un désastre archéologique irrémédiable


Rédigé le Vendredi 17 Mai 2024 à 17:14 | Lu 2 commentaire(s)



in War Raok ! - n° 67 - Septembre 2023

Mégalithes de Carnac  : un désastre archéologique irrémédiable

Après l’annonce de la destruction des 39 menhirs sur le site du chemin de Montauban à Carnac, l’indignation et la colère se généralisent et gagnent de l’ampleur. La polémique enfle et les autorités tentent de déminer !Le site du chemin de Montauban serait l’un des groupes de stèles les plus anciens de Carnac, à en juger par les datations carbone 14 réalisées en 2010 sur le site voisin de la ZA de Montauban : une des rangées  de stèles était à son emplacement d’origine depuis 7000 ans, rappelle Christian Obeltz.

Que s’est-il passé véritablement pour en arriver à un tel désastre ? Y a-t-il eu manquement administratif ? Négligence de la mairie de Carnac ? Quelle est la responsabilité réelle du maire qui se trouve être le président de l’association « Paysages de mégalithes »  qui porte le dossier de candidature au patrimoine mondial de l’Unesco ? 


Une entreprise funèbre de néantisation

 

Le patrimoine breton vient immolé sur l’autel de la consommation, mémoire immémoriale sacrifiée pour faire place à une activité économique, à un vulgaire magasin pour bricoleurs du dimanche ! 

Une chose est certaine, chacun va tenter de se dédouaner et de rejeter la faute sur l’autre. Des zones d’ombre persistent néanmoins, notamment en ce qui concerne la délivrance du permis de construire dans un lieu mondialement réputé pour ses mégalithes. En effet, l’endroit en question, où se trouve actuellement le magasin en construction, est situé sur un site inscrit sur « l’Atlas des patrimoines » (plateforme de la DRAC permettant de cartographier tous les sites archéologiques) depuis 2015. Le maire pouvait-il l’ignorer ?


Un scandale local en perspective  ?

 

Au moins d’août 2022 un permis de construire est délivré par la mairie de Carnac à la SAS « Au marché des Druides ». A noter qu’un précédent permis pour la construction d’un super marché avait été refusé par les services de l’État à cette même SAS « Au marché des Druides » en décembre 2014 en raison de hauteur sous faîtage non réglementaire et de la présence d’une zone humide et qu’une étude archéologique menée avait conclu que des travaux sur le site pourraient « nuire à des éléments du patrimoine archéologique ».

Dans un arrêté préfectoral du 31 juillet 2015, il est précisé qu’un diagnostic a été réalisé sur le site du chemin de Montauban à Carnac et a fait l’objet d’un rapport de l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventive) en avril 2015. Que ce rapport ouvre la voie à la consultation de la Commission Territoriale de la Recherche Archéologique placée sous la présidence du Préfet de Région. Que l’avis de cette commission provoque la publication d’un arrêté préfectoral le 31 juillet 2015 et que cet arrêté impose des fouilles préalables à l’aménageur, maître d’ouvrage de l’opération, lequel ne peut en aucun cas s’en affranchir. A l’heure qu’il est, cet arrêté n’est ni levé, ni purgé. Cette prescription n’a pas de délai de caducité.


Maen gwenn bihan

 

Contre toute attente, ce sont des vestiges encore en élévation qui vont pourtant être découverts au cours des fouilles. Masquées par d’épais et impénétrables bosquets, deux limites parcellaires anciennes, formées de murets en pierre sèche, intègrent de gros blocs de granite dressés. Un débroussaillage partiel a permis d’identifier une vingtaine de stèles, agencées en file, pour lesquelles les caractéristiques morphologiques et les stigmates observés sur les surfaces suggèrent leur origine et pour certaines leur position primaire. Sommes-nous en présence d’une file de menhirs inédite sur la commune de Carnac ou d’une limite parcellaire construite dans laquelle les bâtisseurs ont intégré d’anciens monolithes néolithiques ?

Au total, c'est donc un minimum de trente-huit monolithes qui sont identifiés sur le site mais il en existe sans doute d'autres dans la partie non débroussaillée de la file principale et dans les parcelles situées à l'est de la file 2. Les limites de ces deux alignements sont plus ou moins reconnues et le repositionnement des principaux monolithes sur le cadastre napoléonien (1833) montre qu'ils s'inscrivent parfaitement dans un parcellaire déjà en place à cette époque. Il est intéressant de noter à ce titre que les microtoponymes des parcelles adjacentes portent toutes le nom breton de "Maen Gwenn Bihan", ce qui se traduit par « les petites pierres blanches ». Le terme "Maen" étant souvent associé à des mégalithes.

Alors, pourquoi le projet de la SAS « Au marché des Druides », qui est le même opérateur que lors du projet avorté de 2015, n’a t-il pas satisfait en 2023 à ces exigences ? Pourquoi le permis de construire a t-il été instruit et délivré par la commune sans que celle-ci ne se soit préoccupée de cette question ? 

Olivier Lepick, le maire de Carnac, prétend n’avoir pas été au courant de l’inscription du site sur l’Atlas des patrimoines et précise que le permis de construire a été « accordé par la mairie et les services de l’État  et qu’il a respecté scrupuleusement la législation ». Il cible plutôt une erreur dans la mise à jour du Plan local d’urbanisme (PLU) depuis les découvertes faites en 2015. Selon Olivier Lepick, « l’erreur viendrait du fait que la DRAC avait inscrit le site des menhirs en zone de prescription dans l’ancien Plan d’occupation des sols (POS), mais pas dans le PLU ».

Une précision quand même et non des moindres, monsieur Olivier Lepick a été nommé Secrétaire général du groupe Capgemini (groupe qui compte Mr. Bricolage parmi ses clients et ses partenaires commerciaux) et en a rejoint le Comité exécutif en avril 2020. Depuis janvier 2019, il est par ailleurs Secrétaire du Conseil d’Administration. Précédemment, et depuis 2008, il était Secrétaire Général, en charge des Ressources Humaines, et membre du Comité exécutif de Sogeti, filiale du groupe Capgemini.

Du côté de la SAS « Au marché des Druides », qui a demandé le permis de construire, le gérant assure « être de bonne foi » et n’avoir été informé de rien. « J’ai déposé un permis de construire, qui a été instruit, affiché, qui a purgé les délais de recours ». Il explique même, sans ironie : «  Je ne suis pas archéologue, je ne connais pas les menhirs ; il y a des murets partout. Si nous avions su cela, nous aurions agi différemment, bien sûr ! ».

Le dépôt de plainte de l’association Koun Breizh (1) va-t-elle permettre de faire la lumière sur cette triste affaire ? Nous l’espérons et malgré l’émotion et l’indignation suscitées par cette destruction nous ne participerons pas, à ce stade de l’enquête, à un lynchage médiatique inutile et prématuré. 

Enfin, nous avons bien noté le silence, le bruissement discret des champions de la défense de l’environnement plus prompts à faire échouer de nombreux projets économiques pour quelques crapauds et autres batraciens ou encore défigurer la Bretagne, enlaidir son patrimoine architectural traditionnel avec leurs maisons écologiques, véritables clapiers à lapins… verrues hideuses dans le paysage breton. 

 

Rozenn Le Hir


Note :

  1. Voir le communiqué de presse de l’association Koun Breizh,



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